Lorient m’a toujours fait un peu penser à une nana qu’aurait sauté sur une mine et qu’un toubib bricoleur, genre Frankenstein, aurait reconstitué en se foutant complétement des plans d’origine. Ça ressemble à une ville, ça fonctionne comme une ville, c’est plein de rues avec des maisons sur les bords mais ça a toujours l’air d’un morceau de guerre. Comme si elle avait été reconstruite par des types persuadés qu’elle était vouée à la destruction et qu’ils avaient intérêt à se grouiller de finir avant que le prochain raid aérien ne vienne tout foutre par terre.
Lorient est une ville qui vous colle le blues. Une Ville qui vous donne soif à rouler par terre en pleurant sur des ballades de marins pendant que la goualante des mouettes et des goélands monte du port de Keroman pour rappeler aux terriens que l’humanité s’est toujours divisée en trois parties : les hommes, les femmes et ceux qui prennent la mer.
Ceux qui aiment Lorient le font parce qu’elle est moche. Les touristes s’en méfient. Ils préfèrent les remparts rassurants d’Hennebont, Vannes ou Port Louis. Ils aiment les ports qui ne servent à rien, ceux où l’on range de jolis bateaux devant de jolis troquets et où l’appel du large ne pue pas la poiscaille, le mazout, l’acier rouillé et le sang des membres amputés.
Le QG lorientais de Bertrand ressemblait à la ville. Il était moche et il ne semblait vivre que dans l’attente d’une destruction imminente. Un vrai troquet rock’n roll.
— PATRICK RAYNAL
“Un ornithorynque dans le tiroir”
Ed. La Loupiote. 1996. (via dopplerhrif)
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coming soon..
Vernissage au grand palais.
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